POÉSIE

Le cycle des migrations,

 Éd. Le Noroît, Montréal, 2002

 

Le cycle des migrations m'apparaît comme la synthèse d'une œuvre d'envergure, l’une des plus significatives de notre littérature. Je crois y lire comme les fragments d'un héritage qu'il est encore trop tôt pour recevoir, espérant qu'au-delà de cette poésie d'autres vers et d'autres proses paraîtront.

                                    

                                                                                                                                                                            Jean-François Crépeau, Le Canada français, 1er janvier 2003.

 

La poésie que nous offre M. Ouellette-Michalska, d'une simplicité et d'une beauté remarquables, donne accès à la nudité essentielle de la passion.

                                                              

                                                                                                                                                                           François Mireault, Le Sabord, no. 67, décembre 2003

Versant de l'âge: toute descente a sa montée

 

        Dans Le cycle des migrations, rayonnent pour chacun de nous les images de la destinée, d'une façon non pas expliquée, non pas résolue, mais saisie dans son essence par le biais et par le reflet. Ici, l'opération de l'art absorbe la réalité, en nous permettant d'exister à distance de nous-mêmes.

 

          Les simples détails réalistes qui composent le système de vraisemblance, même livrés en une succession linéaire d'informations, cultivent l'image, la figure, le bel écho des mises en abyme et les dérivations paradigmatiques (eau, lait, encre, etc.). Le défi à l'égard de la représentation littéraire de la réalité n'est cependant jamais poussé à un point tel que nous ne puissions pas lire d'abord le poème comme une représentation. Mais par-delà le déroulement autobiographique et historique évoquant l'enfance, la guerre, le huis clos familial, la venue à la ville, la rencontre de l'amour, le livre accède à une sorte de métaphore supérieure sur l'œuvre en cours et le métier d'écrivain:

 

tout ce qui fut demain ou hier

                                                                                                                               la veine qui flambe

       la venue de l'île remise à plus tard

                                                                                                             après l'enfance et la guerre

                                                                                                             après l'usure et le repos

                                                                                                             c'est ce poème

                                                                                                             sur le point de retourner au silence

                                                                                                             aux écrits secrets de l'eau (p. 96)

      

        Au fil des pages, le fleuve de la géographie montréalaise s'ouvre sur l'infini des possibles tout en soutenant les signes de la mémoire. Il se rattache à l'isotopie dominante de l'eau […]: origine du monde et de la vie, sensualité, érotisme, promesse cyclique de développement, donc de réapprentissage. Face à la mort, le trajet de l'écriture, comme l'eau du fleuve, refait la découverte du monde:

 

  entre les villes et la falaise

coule un fleuve souverain
  insensible à la mort
(p. 31)

 

        [Le poème reste] lié au triple mystère de l'amour, de l'être et de la mort, [car] cette traversée migratoire est bien plus qu'un journal intime, bien plus intime, bien plus souterraine. L'œuvre est alchimiste. Comme toute poésie vraie, l'alchimie est purification, traversée du néant vers une forme symbolique plus haute.
 

                                                                                                                                                                           Jocelyne Felx, Lettres québécoises, no 111, automne 2003.

                                            

 

L'Amérique un peu / Au bord du rouge absolu,

      par Madeleine Ouellette-Michalka et James Sacré,
Éd. Trait d’Union, Montréal, Coll. Vis-à-vis, 2000.

 

Dans la dérive des continents, la complicité des mots

 

        La maison d'édition québécoise Trait d'Union offre dans sa collection Vis-à-vis un nouveau concept d'échange littéraire. En effet, Claudine Bertrand, directrice de cette collection, fait se rassembler deux voix, une du Québec et une de l'étranger, dans une complicité inhabituelle et souvent inattendue.

 

          Pour les trois titres publiés, six auteurs se retrouvent deux à deux, pour ne pas dire dos-à-dos. Les livres s'appellent, se répondent, s'interpellent jusque dans leurs titres. Le Ne cherche rien de Claude Pélieu invite Lucien Francoeur à lui répondre: Ailleurs qu’ici. Bernard Noël et son Portrait d’un regard trouvent écho dans Devant la fin de Pierre Ouellet. Puis James Sacré, dans L’Amérique un peu, convie M.Michalska Au bord du rouge absolu. [...] Des trois recueils, les poèmes les plus sensuels, les plus intimes sont certes ceux de Madeleine Ouellette-Michalska.

 

          D'abord le titre. Au bord du rouge absolu: [c’est] la voix. Celle de l'éveil, celle du sang, du silence et du poème, une voix qui trace les contours d'une langue où «me touchent des lèvres / là où personne ne m'a encore touchée». […]

 

          Dans l'écriture de Madeleine Ouellette-Michalska, [...] les titres s'interpellent, les thèmes se croisent pour mieux s'infiltrer dans une quête intimiste du langage. […]S'il est un domaine qui appert dans l'écriture de cette poète, c'est cette quête d'une  voie singulière à la féminité, une féminité qui saurait être tour à tour ventre et origine, sexe et désir, don et abandon, et finalement, parole et langue. La promeuse parcourt «l'effacement des heures» pendant qu'«un marcheur saisit la courbe des reins». Madeleine Ouellette-Michalska réussit à effriter le temps tout en continuant sa promenade dans le langage: «j'entends ta voix / d'avant la nuit / voix d'avant le partage / des draps quand le corps / se retrouve tel qu'en lui-même /amoureux de ce qui fuit». Toujours ce corps, la voix du corps, cette voix qui à la fois transperce et traverse «les poussières de phrases».

 

          Si l'origine du monde est un tableau, l'origine de l'écriture est la sensualité. Qu'elle soit passion, soumission, apaisement, conscience ou même fatigue, le corps ne se parle que dans et par les mots, et ce sont eux qui lui donnent son existence. On regrette, toutefois, que les poèmes de Madeleine Ouellette-Michalska soient moins nombreux que ceux de James Sacré.

 

                                                                                                                                             Danielle Fournier, Le Jardin d'essai, nos 23/24, Paris, automne/ hiver 2001.

 

 


Entre le souffle et l'aine,

Montréal, Éditions du Noroît, 1981

     

 

Un texte-rhéostat. Le texte se présente comme une série de décharges électriques d'intensité variable projetées vers l'avenir tout en étant axées sur le vécu. […] Un tel recueil augure bien des années 80 dont on prévoit par ailleurs qu’elles seront troublées[…]. Voilà donc un livre qu'il faudra lire et relire, puisque "fictions et fables retardent la traversée des signes.

 

Michel Beaulieu, Livre d'ici, no 9,12 fév. 1981.

 

 

Ce recueil aux images puissantes, à la thématique contestataire et à la facture lyrique, ébranle les assises du lecteur traditionnel et nous fait découvrir  l'originalité d'une voix poétique.   

               

Hedi Bouraoui, Poetry Canada Review, no 3, Spring 1982.

 

 

L’audace d’advenir

 

 

         Entre le souffle de la femme et l’aine amoureuse, tout un projet d’écriture rouge. […] Le recueil ne force jamais la voix, il serait plutôt écrit sur les rebords du cri retenu et l'entre-deux du désir comme un regret. La femme ici écrit la phrase courte comme de brèves audaces de sens, avec minutie, dans un style morcelé où chaque élément [rompt le] silence avec beaucoup de précaution.   [...]

 

Mais on sent aussi le plaisir de cette écriture, l’achèvement réalisé dans le plaisir même du projet. […]

 

M. Michalska rapporte en fait l'audace d'advenir:

                  

 

voilà consolidée l’origine place forte exhumant cent mille  corps de femmes

                      il n’en faut pas moins pour parer aux coups de l’histoire  appréhendée (p.68)

 

 

[Une fois] cette histoire entendue, Ouellette-Michalska pourra écrire cette très belle partie des “Noces” qui termine le recueil. Une fête des corps mise en mots où s'affirment très précisément le désir et le plaisir. Un certain repos se dégage de l'épiphanie amoureuse ainsi proposée:

 

                   une vocation de désir allie la bouche à l'échange des ventres /

                   l'aube relance le flanc / au cri du sang tes jambes cernent le triangle blond 

                  antre  creux propageant la hanche aux confins de la voix (p. 146-147)

 

 

On soulignera donc ce recueil dans le fait même de son exclamation. C'est dans la surprise des phrases que notre plaisir prend corps parfois, surprise de l'image ou du bonheur d'expression. […]

 

C. Hénault, Livres et auteurs québécois 1981, p. 117.